Fragment 520830

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From which was called Larignum the castle in Piedmont,

Original French:  Dont feut dict Larignum le chaſteau en Piedmont:

Modern French:  Dont feut dict Larignum le chasteau en Piedmont:


Some relationship to Piémont, a recurring allusion in these chapters.


Notes

piedmont

Piemont, after Italian Piemonte, lit. ‘mountain foot,’ name of a region of northern Italy, formed on piede foot (:-Latin ped-, pe¯s) + monte mountain:-Latin mont-, mons.


Piémont

«…son herbe pantagruelion,» dont ce chapitre et les trois suivants contiennent une description aussi élégante que circonstanciée. Par cette description on voit que cette herbe est le chanvre dont on fait la corde qui tient à la gorge les pendus, et qui servit à étrangler, sous François Ier, tant de prétendus hérétiques qui avoient le malheur de s’en tenir à l’Évangile, et de suivre le culte de la primitive église.
Outre la nécessité dont on sait qu’est le chanvre dans la marine pour les cordages et les voiles, l’histoire nous apprend que jamais en France l’useage de la corde et du gibet n’a été plus fréquent que sous François Ier, contre les luthériens et les calvinistes: ce que fait dire à l’auteur, chapite LI, fort plaisamment, du pantagruélion de Pantagruel, que c’est une plant dont il est l’inventeur. C’est en effet sous François Ier que l’on commença à servir de la corde de chanvre, au lieu de la hart, pour pendre les criminels, ou au moins les condamnés. Rabelais a même la hardiesse (livre V, chapitre xvi ou xviii) de faire à ce prince le reproche de se complaire au milieu des potences et des gibets, en disant: «Voyant Gaigne-beaucoup, que Pantagruel s’amusoyt a cela…» Aussi ce dernier livre n’a-t-il été publié qu’après sa mort. François Ier venoit de s’amuser à ces passe-temps d’une manière bien cruelle.
«Pendant que l’on s’abbembloit à Trente, dit fra Paoloi, historien contemporain, page 110, pour extirper l’hérésie par la voie du concile, en France, l’on emplotoit les armes contre un reste de Vaudois qui vivoient retirés dans les montagnes de Provence, séparees de l’obéissance de l’église romaine…. Il y avoit quelques années que le parlement d’Aix avoit prononcé un arrêt contre eux; [note: Lequel portoit que les pères de famille seroient brùlés vifs, leurs biens, femmes et enfants, confisqueés, leurs maisons rasées, les arbres de leurs jardins arrachés, avec de prendre à ferme les terres de ceux qui seroient de la race ou du nom des accusés] mais comme il ne s’étoit point encore exécuté, le loi commanda en ce temps-là (en 1545) de le faire [note: Sue ce que d’Oppède lui fit accroire que seize mille de ces Vaudois se saisir de Marseille]. Le président ayant ramassé tout ce qu’il put de soldats des lieux circonvoisins, et de l’état d’Avignon, marcha, les armes à la main, contre ces misérables qui, n’en ayant point, ne songeoient qu’à s’enfuir (ou à souffrir le martyre comme les premiers chrétiens). On ne parla point ne de les enseigner, ni de les exhorter à quitter leurs opinions; mais l’on mit tout à feu et à sang, sans nulle distinction d’âge, de sexe, ni de qualité; on rasa les villes de Cabrières et de Mérindol, avec tout les lieux d’alentour; il y eut plus de quatre mille personnes massacrées. Cruauté d’autant plus horrible que ces pauvres gens ne se défendoient que par les prières, les larmes, et les gémissements.»
[Note: Francois Ier, touché de repentir, ordonna, en mourant, à Henri II de faire la recherche de cette affaire. La cause fut portée au parlement de Paris. Guérin, avocat-général de Provence, fut condamné à mort, faute d’amis à la cour…]
«Le Languedoc, la Provence, et les provinces adjacentes, dit Anquetil, à l’année 1545, virent s’élever des temples rivaux des églises catholiques. Alors François Ier donna permission d’employerr contre eux le secours des armes. Elle fut accordée à la sollicitation du baron d’Oppède, premier président du parlement d’Aix, homme violent et sanguinaire, qui fit revivre un arrêt de ce parlement, rendu cinq ans auparavant, contre un population de plusieurs milliers de Vaudois qui étoient établis sur les confins de la Provence et du Comtat, et réfugiés depuis trois cents ans dans les gorges des montagnes qui séparent le Daphiné du Piémont, et entrés depuis peu en communion avec les calvinistes.» «Tout étoit horrible et cruel dans la sentence qui fut prononcée contre eux, dit l’historien de Thou, et tout fut plus horrible et plus cruel encore dans l’exécution. Vingt-deux bourgs ou villages furent brûlés ou saccagés avec une inhumanité dont l’histoire des peuples le plus barbares présente à peine des examples. Les malheureux habitants, surpris pendant la nuit, et poursuivis des rochers en rochers à la lueur des feux qui consumoient leurs maisons, n’évitoient souvent une embûche que pour tomber dans une autre: les cris pitoyables des vieillards, des femmes, et des enfants, loin d’amoillir le coeur des soldats forcenés de rage comme leurs chefs, ne faisoient que les mettre sur la trace des fugitifs, et marquer les endroits où ils devoient porter leur fureur.»
«La reddition volontaire n’exemptoit ni les hommes du supplice, ni les femmes des plus affreuses violences; il étoit défendu, sous peine de mort, de leur accorder aucune retraite. A Cabrières, une des villes principales de ce canton, on égorgea plus de sept cents hommes de sang-froid, et toutes les femmes restées dans les maisons furent enfermées dans un grenier plein de paille auquelle on mit le feu: celles qui tentoient de s’échapper par les fenêtres étoient repoussées à coups de crocs et de piques. Ainsi se préparèrent les fureurs qui ont couvert la France d’échafauds, de bûchers, de gibets, et de ruines ensanglantées. On n’étoit point encore accoutumé à ces horribles proscriptions, devenues si communes sous les règnes suivantes. Les cris des malheureux, si cruellement traités, parvinrent aux oreilles du roi, mais y parvinrent trop tard. Il se repentit d’avoit donné son consentement à l’exécution de cet arrêt sanguinaire, qu’il suspendit quelque temps. Mais n’avoit-il pas lui-même encouragé ces barbaries, en autorisant les supplices par sa présence? Il est rare que les subalternes n’excèdent pas, quand les chefs donnent eux-mêmes l’example.»

François Rabelais [ca. 1483–1553]
Œuvres de Rabelais (Edition Variorum). Tome Cinquième
p. 245
Charles Esmangart [1736-1793], editor
Paris: Chez Dalibon, 1823
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Posted 27 January 2013. Modified 15 March 2017.

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