Fragment 490022

PREVIOUS

NEXT

Pantagruel,

Original French:  Pantagruel

Modern French:  Pantagruel



Notes

Pantagruel

Pantagruel
Title page of 1537 edition of Pantagruel.

Plan, Pierre-Paul, Bibliographie Rabelaisienne. Les éditions de Rabelais de 1532 à 1711. Catalogue raisonné descriptif et figuré, illustré de cent soixante-six facsimilés (titres, variantes, pages de texte, portraits). Paris: Imprimerie nationale, 1904. Internet Archive

Pantagruel

Pantagruel
Illustration from title page of 1535 edition of Pantagruel, Lyon, Pierre de Saincte Lucie.

Plan, Pierre-Paul, Bibliographie Rabelaisienne. Les éditions de Rabelais de 1532 à 1711. Catalogue raisonné descriptif et figuré, illustré de cent soixante-six facsimilés (titres, variantes, pages de texte, portraits). Paris: Imprimerie nationale, 1904. Internet Archive

Pantagruel

The life of Pantagruel is chronicled from his birth to his victory in the war with the Dipsodes in The Horrible and Terrible Deeds and Acts of Prowess of the Very Renowned Pantagruel, King of the Dipsodes, son of the Great Giant Gargantua, published in Lyon in 1532, with the composition attributed to Alcofribas Nasier, an anagrammatic pseudonym of François Rabelais.

Rabelais, François (ca. 1483–1553), Pantagruel. Les horribles et espouvantables faictz & prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dipsodes, filz du grand geant Gargantua, Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier. Lyon: Claude Nourry, 1532. Athena

Pantagruel

Cha.ii. De la nativité du tresredoubté Pantagruel.

Gargantua en son aage de quattre cens quattre vingtz quarante & quattre ans engendra son fils Pantagruel de sa femme nommée Badebec fille du Roy des Amaurotes en Utopie, laquelle mourut de mal d’enfant: car il estoit si grand & si lourd, qu’il ne put venir à lumiere, sans ainsi suffocquer la mere. Mais pour entendre pleinement la cause et raison de son nom qui luy fut baillé en baptesme: Vous noterez que celle année il y avoit une si grand seicheresse en tout le pays de Affricque, pour ce qu’il y avoit passé plus de xxxvi. moys sans pluye, avec chaleur de soleil si vehesmente, que toute la terre en estoit aride. Et ne fut point au temps de Helye plus eschauffée que fut pour lors. Car il n’y avoit arbre sus terre qu’il eust ny feuille ny fleur, les herbes estoient sans verdeur, les rivieres taries, les fontaines à sec, les pauvres poissons delaissez de leurs propres elements vagans et cryans par la terre horriblement, les oyseaulx tumbans de l’air par faulte de rosée, les loups, les regnars, cerfs, sangliers, daims, lievres, connils, bellettes, foynes, blereaux & aultres bestes l’on trouvoit par les champs mortes la gueule baye. Et au regard des hommes, c’estoit la grande pitié, vous les eussiez veus tirans la langue comme levriers qui ont couru six heures. Plusieurs se gettoient dedans les puys, d’aultres se mettoient au ventre d’une vache pour estre à l’umbre: & les appelle Homere Alibantes. Toute la contrée estoit à l’ancre: c’estoit pitoyable de veoir le travail des humains pour se guarantir de ceste horrificque alteration. Car il y avoit prou affaire de saulver l’eau benoiste par les esglises qu’elle ne feust desconfite: mais l’on y donna tel ordre par le conseil de messieurs les cardinaulx & du sainct pere, que nul n’en osoit prendre qu’une venue: Encores quand quelqu’ung entroit en l’esglise, vous en eussiez veu à vingtaines de pauvres alterez qui venoient au derriere de celluy qui la distribuoit à quelqu’ung la gueulle ouverte pour en avoir quelque petite goutelette: comme le maulvais Riche, affin que rien ne se perdit. O que bienheureux fut en ceste année celuy qui eut cave fraische & bien garnie.

Le philosophe racompte en mouvant la question, pourquoy c’est que l’eau de la mer est sallée? qu’au temps que Phebus bailla le gouvernement de son chariot lucificque à son fils Phaeton: Ledict Phaeton mal apris en l’art, et ne sçavant ensuyvre la ligne eclipticque entre les deux tropicques de la sphere du Soleil, varia de son chemin: et tant approcha de la terre, qu’il mist à sec toutes les contrées subiacentes, bruslant une grande partie du ciel, que les philosophes appellent via lactea: & les Lifrelofres nomment le chemin sainct Jacques. Adonc la terre fut tant eschauffée, qu’il luy vint une sueur enorme, dont elle sua toute la mer, que par ce est sallée: car toute sueur est sallée, ce que vous direz estre vray si voulez taster de la vostre propre: ou bien de celle des verollez quand on les faict suer, ce me est tout ung. Quasi pareil cas arriva en ceste dicte année: Car ung iour de Vendredy tout le monde s’estoit mis en devotion, & faisoit une belle procession avecques force letanies et beaux preschans, supplians à dieu omnipotent les vouloir regarder de son oeil de clemence en tel desconfort, visiblement fut veu de la terre sortir grosses gouttes d’eau, comme quand quelque personne sue copieusement. Et le pauvre peuple se commença à esiouyr comme sy ce eust esté chose à eulx proffitable: Car les aulcuns disoient que de humeur il n’y en avoit point en l’air, dont on esperast de avoir pluye, et que la terre supplioit au deffault. Les aultres gens sçavans disoient que c’estoit pluye des Antipodes: comme Senecque narre au quart livre questionum naturalium, parlant de l’origine et source du fleuve du Nile. Mais ils y furent trompez: car la procession finée alors que chascun vouloit recueillir de ceste rousée & en boire à plein godet, trouverent que ce n’estoit que saulmere pire et plus salée que n’est l’eau de la mer.

Et par ce qu’en ce propre iour nasquit Pantagruel, son pere luy imposa tel nom: car Panta en Grec vault autant à dire comme tout: & Gruel en langue hagarene vault autant comme alteré, voulant inferer qu’à l’heure de sa nativité le monde estoit tout alteré. Et voyant en esperit de prophetie qu’il seroit quelque iour dominateur des alterez. Ce que luy fut monstré à celle heure mesmes par aultre signe plus evident. Car alors que sa mere Badebec enfantoit, & que les sages femmes attendoient pour le recepvoir, issirent premier de son ventre soixante & huyt tregeniers chascun tirant par le licol ung mulet tout chargé de sel: apres lesquels sortirent neuf dromadaires chargez de iambons & langues de boeuf fumées: sept chameaulx chargez d’anguillettes: puis vingt et cinq charrettes de porreaulx, d’aulx, d’oignons, & de cibots: ce qui espoventa bien lesdictes saiges femmes, mais les aucunes d’entre elles disoient: Voicy bonne punition: cecy n’est que bon signe: ce sont agueillons de vin. Et comme elles caquettoient de ses menuz propos entre elles, voicy sortir Pantagruel tout velu comme ung Ours, dont dit une d’elles en esperit propheticque, Il est né à tout le poil, il fera choses merveilleuses: et s’il vit, il aura de l’eage.

Rabelais, François (ca. 1483–1553), Pantagruel. Les horribles et espouvantables faictz & prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dipsodes, filz du grand geant Gargantua, Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier. Lyon: Claude Nourry, 1532. Chapter 2. Athena

Pantagruel

Clef des allégories du Roman de Rabelais. Donnée au XVIIe siècle. Cette clef ne mérite pas d’etre prise au sérieux. Elle peut cependant donner une idée des interprétations arbitraires dont le Roman de Rabelais a été l’object, et nous n’avons pas jugé inutile de la reproduire.

Pantagruel = Henri II

Rabelais, François (ca. 1483–1553), François Rabelais. Tout ce qui existe de ses oeuvres. Louis Moland (1824–1899), editor. Paris: Garnier Frêres, 1884. xliii. Gallica

Pantagruel

Et parce que en ce propre jour nasquit Pantagruel, son père luy imposa tel nom, car panta en grec vault autant à dire comme tout et gruel en langue Hagarene vault autant comme alteré, voulent inférer que à l’heure de sa nativité le monde estoit tout altéré, et voyant, en esperit de prophétie, qu’il seroit quelque jour dominateur des altérez, ce que luy fut monstre à celle heure mesmes par aultre signe plus évident.

Note: Etymologie burlesque, comme on en rencontre fréquemment dans Rabelais. Ce nom de Pantagruel, inconnu aux traditions populaires, dérive des Mystères du XVe siècle, où le personnage possède déjà les qualités particulières dont on retrouve des traces éparses dans le roman de Rabelais Il désigne primitivement un démon qui altère ou le mal qui suffoque. Chez Rabelais, Pantagruel vient au monde après une terrible sécheresse, et son nom y est synonyme d’altération opprimante ou de respiration pénible ; ailleurs on dit de ceux qui sont au point d’étouffer que Pantagruel les tient à la gorge ; de là, son attribut, le sel, produit altérant par excellence. Cf. R.E.R., X, 481-489. Le sens essentiel de « suffocation » rattache le nom, quant à son élément initial, à toute un famille lexique — panteler, pantois, pantoier — exprimant la notion de respiration pénible, état d’opression ou d’étouffement; mais son élément final, gruel, reste obscur. Quoi qu’il en soit, l’étymologie gréco-arabe, donnée par Rabelais est purement facétieuse (Lazare Sainéan).

Rabelais, François (ca. 1483–1553), Oeuvres. Édition critique. Tome Troisiéme: Pantagruel, Prologue—Chapitres I-XI. Abel Lefranc (1863-1952), editor. Paris: Librairie Ancienne Honoré Champion, 1922. Chapter 2, p. 35. Internet Archive

PREVIOUS

NEXT

Posted 5 January 2013. Modified 22 May 2017.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *