Concordance
tant
Entre aultres choses ie veids qu’il feist charger grande foison de son herbe Pantagruelion, tant verde & crude, que conficte & praeparée.
La figure d’icelle peu est differente des feueilles de Fresne & Aigremoine: & tant semblable à Eupatoire, que plusieurs herbiers l’ayant dicte domesticque, ont dict Eupatoire estre Pantagruelion saulvaginé.
Tant l’a cherie nature, qu’elle l’a douée en ses feueilles de ces deux nombres impars tant divins & mysterieux.
Et tant a esté iadis estimée ceste praerogative de imposer son nom aux herbes inventées, que comme feut controverse meue entre Neptune & Pallas de qui prendroit nom la terre par eulx deux ensemblement trouvée: qui depuys feut Athènes dicte, de Athène c’est à dire Minerve: pareillement Lyncus roy de Scythie se mist en effort de occire en trahison le ieune Triptolème envoyé par Cerès pour es hommes monstrer le froment lors encores incongneu: affin que par la mort d’icelluy il imposast son nom, & feust en honneur & gloire immortelle dict inventeur de ce grain tant utile & necessaire à la vie humaine.
Par ces manières (exceptez la fabuleuse, car de fable ià Dieu ne plaise, que usions en ceste tant veritable histoire) est dicte l’herbe Pantagruelion.
Car comme Pantagruel & esté l’Idée & exemplaire de toute ioyeuse perfection, (ie croy que personne de vous aultres Beuveurs n’en doubte) aussi en Pantagruelion ie recongnoys tant de vertus, tant d’energie, tant de perfection, tant d’effectz admirables, que si elle eust esté en ses qualitez congneue lors que les arbres (par la relation du Prophète) feirent election d’un Roy de boys pour les regir & dominer, elle sans doubte eust emporté la pluralité des voix & suffrages.
Si Oxylus filz de Orius l’eust de sa soeur Hamadryas engendrée, plus en la seule valeur d’icelle se feust delecté, qu’en tous ses huyct enfans tant celebrez par nos Mythologes, qui ont leurs noms mis en memoire eternelle.
Si d’icelluy ius vous mettez dedans un seilleau de eaue, soubdain vous voirez l’eaue prinse, comme si feussent caillebotes, tant est grande sa vertus.
Toutes les arbres lanificques des Dères, les Gossampines de Tyle en la mer Persicque, les Cynes des Arabes, les vignes de Malthe, ne vestissent tant de persones, que faict ceste herbe seulette.
Couvre les Theatres & Amphitheatres contre la chaleur, ceinct les boys & taillis au plaisir des chasseurs, descend en eaue tant doulce que marine au profict des pescheurs.
Et m’esbahys comment l’invention de tel usaige a esté par tant de siècles cela aux antiques Philosophes, veue l’utilité impréciable qui en provient: veu le labeur intolerable, que sans elle ilz supportoient en leurs pistrines.
De mode que les Intelligences celestes, les Dieux tant marins que terrestres en ont esté tous effrayez, voyans par l’usaige de cestuy benedict Pantagruelion, les peuples Arcticques en plein aspect des Antarticques, franchir la mer Athlanticque, passer les deux Tropicques, volter soubs la Zone torride, mesurer tout le Zodiacque, s’esbatre soubs l’aequinoctial, avoir l’un & l’aultre Pole en veue à fleur de leur Orizon.
Et vous diz, que prenent de ce celeste Pantagruelion autant qu’en fauldroit pour couvrir le corps du defunct, & ledict corps ayant bien à poinct enclous dedans, lié & cousu de mesmes matière, iectez le on feu tant grand, tant ardent que vouldrez: le feu à travers le Pantagruelion bruslera & redigera en cendres le corps & les oz.
Ainsi lié mettez le dedans le brasier tant grand & ardent que vouldrez.
Ne me comparez icy celle arbre que Alexander Cornelius nommoit Eonem & la disoit estre semblable au Chesne qui porte le Guy: & ne povoir estre ne par eau, ne par feu consommée ou endommagée, non plus que le Guy de chesne, & d’icelle avoir esté faicte & bastie la tant celèbre navire Argos.
Ne me parrangonnez aussi, quoy que mirificque soit celle espèce d’arbre que voyez par les montaignes de Briançon, & Ambrun, laquelle de sa racine nous produit le bon Agaric, de son corps nous rend la resine tant excellente que Galen l’ause aequiparer à la Terebinthine: sus ses feuilles delicates nous retient le fin miel du ciel, c’est la Manne: & quoy que gomeuse & unctueuse soit, est inconsumptible par feu.
Indes cessez, Arabes, Sabiens Tant collauder vos Myrrhe, Encent, Ebène, Venez icy reongnoistre nos biens, Et emportez de nostre herbe la grène.
