Pantagruelion

Concordance

et

Et de l’herbe nommée Pantagruelion.

Et surpasse la haulteur des arbres, comme vous dictez Dendromalache par l’authorité de Theophraste: quoy que herbe soit par chascun an deperissante: non arbre en racine, tronc, caudice, & rameaux perdurante.

Et du tige sortent gros & fors rameaux.

Et sont par rancs en eguale distance esparses au tour du tige en rotondité par nombre en chascun ordre ou de cinq, ou de sept.

Et quoy que iadis entre les Grecs d’icelle l’on feist certaines espèces de fricassées, tartres, & beignetz, les quelz ils mangeoient après soupper par friandise & pour trouver le vin meilleur: si est ce qu’elle est de difficile concoction, offense l’estomach, engendre mauvais sang, & par son excessive chaleur ferist le cerveau, & remplist la teste de fascheuses & douloreuses vapeurs.

Et comme en plusieurs plantes sont deux sexes: masle, & femelle: ce que voyons es Lauriers, Palmes, Chesnes, Heouses, Asphodèle, Mandragore, Fougère, Agarie, Aristolochie, Cyprès, Terebinthe, Pouliot, Paeone, & aultres: aussi en ceste herbe y a masle, qui ne porte fleur aulcune, mais abonde en semence: & femelle, qui foisonne en petites fleurs, blanchastres, inutiles: & ne porte semence qui vaille: & comme est des aultres semblables, a la feuille plus large, moins dure que le masle, & ne croist en pareille haulteur.

Et tant a esté iadis estimée ceste praerogative de imposer son nom aux herbes inventées, que comme feut controverse meue entre Neptune & Pallas de qui prendroit nom la terre par eulx deux ensemblement trouvée: qui depuys feut Athènes dicte, de Athène c’est à dire Minerve: pareillement Lyncus roy de Scythie se mist en effort de occire en trahison le ieune Triptolème envoyé par Cerès pour es hommes monstrer le froment lors encores incongneu: affin que par la mort d’icelluy il imposast son nom, & feust en honneur & gloire immortelle dict inventeur de ce grain tant utile & necessaire à la vie humaine.

Et aultres.

Et parloient improprement & en Soloecisme.

Et est l’eaue ainsi caillée remède present aux chevaulx coliqueux, & qui tirent des flans.

Et ayez esguard de le changer ainsi que le voirez deseichant sus le mal.

Et comme si feust herbe sacre, Verbenicque, & reverée des Manes & Lemures les corps humains mors sans elle ne sont inhumez.

Et m’esbahys comment l’invention de tel usaige a esté par tant de siècles cela aux antiques Philosophes, veue l’utilité impréciable qui en provient: veu le labeur intolerable, que sans elle ilz supportoient en leurs pistrines.

Et vous diz, que prenent de ce celeste Pantagruelion autant qu’en fauldroit pour couvrir le corps du defunct, & ledict corps ayant bien à poinct enclous dedans, lié & cousu de mesmes matière, iectez le on feu tant grand, tant ardent que vouldrez: le feu à travers le Pantagruelion bruslera & redigera en cendres le corps & les oz.

Et par leur récit congneut Caesar l’admirable nature de ce boys, lequel de soy ne faict feu, flambe, ne charbon: & seroit digne en ceste qualité d’estre on degré mis de vray Pantagruelion, & d’autant plus que Pantagruel d’icelluy voulut estre facitz tous les huys, portes, fenestres, goustières, larmiers, & l’ambrun de Thelème: pareillement d’icelluy feist couvrir les pouppes, prores, fougons, tillacs, coursies, & rambardes de ses carracons, navires, gualères, gualions, brigantins, fustes, & aultres vaisseaulx de son arsenac de Thalasse: ne feust que Larix en grande fournaise de feu provenent d’aultres espèces de boys, est en fin corrumpu & dissipé, comme sont les pierres en fourneau de chaulx.

Indes cessez, Arabes, Sabiens Tant collauder vos Myrrhe, Encent, Ebène, Venez icy reongnoistre nos biens, Et emportez de nostre herbe la grène.

Puys si chez vous peut croistre, en bonne estrène, Graces rendez es cieulx un million: Et affermez de France heureux le règne, On quel provient Pantagruelion.