And of the herb called Pantagruelion

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And of the herb called Pantagruelion.

Original French:  Et de l’herbe nõmée Pantagruelion.

Modern French:  Et de l’herbe nommée Pantagruelion.



Notes

Canapis

Canapis

Meydenbach, Jacob, Ortus Sanitatis. Mainz, Germany: 1491. 39v. University of Cambridge Digital Library

Canapis (text)

Canapis (text)

Meydenbach, Jacob, Ortus Sanitatis. Mainz, Germany: 1491. 39v. University of Cambridge Digital Library

son herbe Pantagruelion

Le chanvre, entant que c’est de cette herbe que se fait la corde qui sert à étrangler les malheureux qu’on attache au gibet. Comme le supplice de la hard est beaucoup plus ancien en France que le régne de François I il faut que Rabelais ait donné au chanvre le nom de Pantagruelion par rapport à ce que ce fut sous ce Prince que ce supplice commença d’être mis en usage contre les Luthériens ou Protestans François, qu’on élevoit au gibet avec une poulie, pour ainsi guidez les paire périr par la Flamme & par la fumée du feu qu’on allumoit sous eux. Rabelais, qui n’osoit s’expliquer sur ce qu’il pensoit d’une telle inhumanité, dit que Pantagruel tenoit à la gorge ces misérables, & qu’en cet état ils se plaignoient de la maniére insupportable dont il leur chauffoit le tison.

Rabelais, François (ca. 1483–1553), Œuvres de Maitre François Rabelais. Publiées sous le titre de : Faits et dits du géant Gargantua et de son fils Pantagruel, avec la Prognostication pantagrueline, l’épître de Limosin, la Crême philosophale et deux épîtres à deux vieilles de moeurs et d’humeurs différentes. Nouvelle édition, où l’on a ajouté des remarques historiques et critiques. Tome Troisieme. Jacob Le Duchat (1658–1735), editor. Amsterdam: Henri Bordesius, 1711. p. 253. Google Books

Eclaircissements pour les Chapitres XLVII. XLVII. XLIX. & L.

Ces quatre Chapitres renferment une allégorie de plus satiriques, mais si finement enveloppée, qu’il est assez difficile d’en demêler l’artifice. Je prie le Lecteur de se rappeller une Remarque, inmferée dans les Eclaircissemens pour le Chap. 2. du I. Liv. de Pant. où il est parlé d’une sécheresse, & d’une altération effroyables, qui se firent sentir dans ole monde à la naissance de Pantagruel. Voivci en quoi consiste cette Remarque, que je remettrrai ici sous les yeux du Lecteur, parce qu’elle servira de clef pour l’intelligence des derniers Chapitres de ce second Livre.

«Je soupçonnerois un… mystére dans cette altération prétenduë, sur laquelle Rabelais insiste beaycoup dans ce Chapitre, & même dans tout le cours de ce Livre. Pantagruel, dit Rabelais, devoit être un jour Dominateur des Alterez : son nom moitié Grec & moitié Arabe, vaunt autans à dire comme tout Alteré. Il est dit au chap. vi. de ce même Livre, que Pantagruel prit à la gorge l’Ecolier Limousin, & pensa étrangler ce pauvre jeune homme, lequel tant fut alteré qu’il disoit souvent que Pantagruel le tenoit a la gorge. Au Chap. VII. Pantagruel ayant fait sonner par les ruës la grosse cloche de saint Aignan, tout le bon vin d’Orléans poussa & se grasta: & un chacun se sentit tant altéré d’avoir bû de ces vins poussez, qu’ils be faisoient que cracher aussi blanc comme cotton de Malthe, disant : nous avons du Pantagruel, & avons les gorges salées. Au Chap. XXVIII. Pantagruel envoye une boëte de confiture au Roy Anarche, lequel n’en eut pas plûtôt avallée une cuillerée, qu’il lui vint tel eschauffement de gorge, avecq ulceration de la luette, gue la langue luy pela. Et plus bas, dans le même Chap. Pantagruel attache à sa ceinture une chaloupe pleine de sel, qu’il seme dans le camp des ennemis, & dont il leur remplit tout le gosier, tant que ces povres haires toussissoient comme regnards, criants ha! Pantagruel tu nous chauffes le tison. Toutes ces expressions, dis-je, que Rabelais répéte avec une sorte d’affectation, & qui rapportent à une même idée, me paroissent renfermer quelque mystére. Je crois que Rabelais a prétendu faire allusion aux cruels supplices aux quels François I. fit condamner les Protestans. La corde & le feu étoient les plus ordinaires: ils sont assez bien désignés sous toutes les expressions allégoriques contenuës dans les passages que j’ay citez. »

La description du chanvre, matiére dont on fait la corde ramene encore la même idée, & la présent même sous une image beaucoup plus sensible. Que ces paroles surtout sont remarquables! Pantagruel fut d’icelle Inventeur; je ne dis pas quant à la plante : mas quand à un centain usage, lequel plus est abhorré & haï des Larrons. Il est certain que Rabelais en veut ici à François I. (Note: Comme le second Livre de Pantagruel parut dès l’année 1546; ce que dit ici Rabelais ne scauroit tomber sur Henri II. qui ne commença à regner qu’en 1547, & qui d’ailleurs ne peit passer pour ;’inventeur de ces supplices.) sous le regne duquel on condamna au supplice de la corde beaucoup de personnes pour le seul crime d’hérésie; chose nouvelle & inoüie en France : car les Albigeois eux-mêmes ne furent jamais condamnés à mort pour l’hérésie seule, mais pour d’autres crimes compliqués, comme la Rébellion, la Sodomie, la Magie, &c. Et comme c’est au regne de François I. qu’on doit rapporter l’époque & le premier usage de ce supplice envers les Hérétiques, de-là vient que Rabelais attrubuë à son Pantagruel, l’invention de l’herbe Pantagruelion, non quant à la plante:[178] elle étoit bien plus ancienne que Pantagruel : mais quant à certain usage abhorré & haï des Larrons. De-là aussi, ce qu’il ajoute au sujet des misérables condamnés à ce genre de supplice: Car maints d’iceux avons veu par tel uſaige finer leur vie hault & court: à l’exemple de Phyllis, de Amate, de Iphis, Arachne, & d’aultres personnes plus malheureuse que coupables : de ce seullement indignez, que sans estre aultrement malades, par le Pantagruelion on leurs opiloit les conduic,…. soy griesvement complaignants & lamentants de ce que Pantagruel les tenoit à la gorge. Mais las ce n’estoit mie luy. Il ne fut oncques roüat, &c. comme pour insinuer que ce n’étoit point à Francois I. Prince génereux & humain, mais a ses Ministres, qu’il falloit imputer toutes ces cruautés. De-là enfin, les deux vers qui terminent l’éloge ironique de Pantagruelion.

Et affermez de France heureux le regne,
Au quel provient Pantagruelion.

Il y auroit dans ces quatre Chapitres beaucoup d’autres endroits susceptibles d’explications pareilles : comme losrque Rabelais dit au Chap. L. icelle herbe moyennant les substances invisibles visiblement sont arresteés, prinses, detenuës, & comme en prison mises. [179] Quoique Rabelais explique cela des vents, qu’on emprisonne dans les toiles de chanvre, on peut, & l’on doit même l’entendre aussi des effets que la crainte des supplices produisoit alors sur certaines personnes très-disposées à embrasser les nouvelles opinions, mais contenuës par les châtimens terribles qu’on exerçoit sur les Novateurs. Rabelais qui dan tout le cours de son Ouvrage, n’a que trop trahi ses sentiment, étoit sans doute lui-même du nombre de ces personnes. Ce qu’il dit au Chap. XLIX touchant le jus d’icelle plante, exprimé & instillé dans les oreilles, &c. revient à la même idée. Mais j’aime mieux laisser au Lecteur attentif le plaisir de ces applications.

M. le Motteux, dont le systême ne s’accommodoit nullement du Pantagruelion, a glissé légerement sur cet article. M. le Duchat a entrevû une partie de ces vérités : mais il les a développées d’une maniere aussi séche que superficielle. «Le Pantagruelion, dit-il. est le chanvre, entant entant que c’est de cette herbe que se fait la corde qui sert à étrangler les malheureux qu’on attache au gibet. Comme le supplice de la hard est beaucoup plus ancien en France que le régne de François I il faut que Rabelais ait donné au chanvre le nom de Pantagruelion par rapport à ce que ce fut sous ce Prince que ce supplice commença d’être mis en usage contre les Luthériens ou Protestans François, qu’on élevoit au gibet avec une poulie, pour ainsi guidez les paire périr par la Flamme & par la fumée du feu qu’on allumoit sous eux. Rabelais, qui n’osoit s’expliquer sur ce qu’il pensoit d’une telle inhumanité, dit que Pantagruel tenoit à la gorge ces misérables, & qu’en cet état ils se plaignoient de la maniére insupportable dont il leur chauffoit le tison.»

Rabelais, François (ca. 1483–1553), Le Rabelais moderne, ou les Œuvres de Rabelais mises à la portée de la plupart des lecteurs. François-Marie de Marsy (1714-1763), editor. Amsterdam: J.-F. Bernard, 1752. p. 175. Google Books

Pantagruelion

Pantagruelon, le chanvre, comme cela ressort assez de la description très exacte que Rabelais en donne. Rabelais en fait en outre le symbole de la discipline sociale et de l’activité et de l’industrie humaine, une sorte de talisman positif, de Saint-Graal matériel, qu’il oppose aux mythes des vieux romans.

Rabelais, François (ca. 1483–1553), François Rabelais. Tout ce qui existe de ses oeuvres. Louis Moland (1824–1899), editor. Paris: Garnier Frêres, 1884. xliii. Gallica

chenevreaux

Nous avon eu déjà l’occasion de faire remarquer que le père de Rabeials avait possédé des «chenevreaux».

Lefranc, Abel (1863-1952), “«Pantagruelion» et «Chenevreaux»”. Revue des Études Rabelaisiennes, 3, 1905. p. 402. Gallica

Pantagruelion

On sait que l’épisode du Pantagruelion s’appuie sur l’éloge du lin qui ouvre le XIXe livre de l’Histoire Naturelle de Pline. On est cependant en droit de se demander si l’écrivain n’a pas été poussé par une circonstance speciale à composer ces chapitres célèbres. Nous avon eu déjà l’occasion de faire remarquer que le père de Rabeials avait possédé des « chenevreaux » et que le pays tourangeau a été souvent cité comme l’une des régions les plus favorables à cette plante textile. Toutefois, un rapprochement de ce genre ne suffit pas à expliquer le prestigieux éloge du chanvre qui termine le Tiers Livre. Y aurait-il, dans ces pages, un écho de projets contemporains relatifs à un développement de cette culture, devenu désirable en raison de nouveaux besoins économiques ? Un pareil opportunisme cadrerait assez bien avec les habitudes du conteur. L’histoire culturale et industrielle du règen de François Ier n’a pas encore livré tous ses secrets. Aussi ne craignons-nous pas de risquer l’hypothèse, bien que les faits actuellement connus ne nous fixent pas sur son degré de vraisemblance.

Rabelais, François (ca. 1483–1553), Oeuvres. Édition critique. Tome Cinquieme: Tiers Livre. Abel Lefranc (1863-1952), editor. Paris: Librairie Ancienne Honoré Champion, 1931. Introduction, p. c. Internet Archive

Préface au Tiers Livre

Alors, mystère allégorique, système compliqué d’allusion, éloge confiant du progrès technique, ce chapitre qui clôt le livre en le recouvrant de chanvre, comme on traite en sépia une photographie pour lui donner faux caractère ancien? Mais c’est tout cela aussi, tout comme l’Odradek de Kafka sera tout simplement, aussi, ce que les enfants apellent un tricotin. Pris métaphoriquement, l’éloge du Pantagruelion vaut aussi pour le travail d’écriture lui-même, et l’oeuvre. Ou seulement longue coda, en écho lentement s’affaiblissant, personnages qui disparaissent, qu’on voit s’éloigner sous un générique de fin? Il est aussi question de caves, de mondes souterrains, puis de feu, d’incendies. Dans son étrangeté monochrome, ce n’est pas un texte gai. Ainsi que le chapitre I, qu’on déchirait pour la mise en route, la toile retrouvée de ce récit intermédiaire: le livre finit à Saint-Malo, la ville de Jacques Cartier, où Rabelais viendra bientôt séjourner chez le pilote même du grand navigateur, Jamet Brayer. L’aventure du monde tente toujours celui qui, dans les livres, la rehausse.
La langue est au bout du voyage, et devant le monde, dans le conflit qu’initie dès qu’elle se prétend parole le fait de nommer, ne fût-ce qu’elle-même, et dans l’immense mine ouverte de toutes ses fonctions, la rencontre de tous ceux, cercle à cercle jusqu’au petit peuple des pavés de Paris, qui la portent et l’organisent, ne mène qu’à l’inconnu renforcé, ou simplement sur un peu plus grand de gouffre. Note ultime, haut symbole, pas assez relevé, au terme du Tiers-Livre, la langue n’aura rien conquis du monde qu’un nouveau butoir:

Brifzmarg d’algotbric nubstzne zos
Ifquebefz prufq; alborlz crinqs zacbac.
Misbe dilbarlkz morp nipp stancz bos.
Strombtz Panrge vvalmap quost grufz bac.

Bon, François, Quatre préfaces aux livres de François Rabelais. Parole de l’énigme: Préface au Tiers Livre. Paris: 1992. p. 28. Athena

Pantagruelion

4. Rabelais fait ici l’eloge du chanvre, en s’inspirant de la description du lin et du chanvre donnée par Pline (Histoire naturelle, XIX, I-VI, LVI, et XX, XCII), de Polydore Virgile, de Ravisius Textor, de Charles Estienne ( De latinis et grecis nominibus arborum, fruticum, herbarum, piscium et avium, Paris, 1545) et de la fable de Caelius Calcagninus, «Linealeon», Opera aliquot, Bâle, 1544, p. 614. La mythologie classique offrait des exemples de plantes en rapport avec des heros fabuleux (voir G. Demerson, éd. des Œuvres complète, n. 5, p. 542). Le xvie siècle croir «au pouvoir tutélaire et admirable des plantes» et «il est, d’autre part fréquent que certianes plantes ou drouges, à cause de leur puissance, ou de leur action sur l’esprit, servent de symboles, dans le sermon de prédicateurs, aux joies ou aux bienfaits spirituels procurés par la doctrine chrétienne» (R. Antonioli, Rabelais et la médecine, p. 301).

Le pantagruélion a donné matière à des lectures symboliques. Voir V.-L. Saulnier, «L’Énigme du pantagruélion», Etudes rabelaisiennes, I, 1956, p. 48–72, qui propose d’y voir le symbole de l’hésuchisme (le pantagruélion cachant et gardant sauve la pensée), après avoir rappelé certaines des hypothèses précedentes: allusion au supplice des protestants pour Le Duchat; apologie du génie inventif et du progrès humaine pour Paul Stapfer; énigme pour les savants selon J. Plattard. F. Rigolot, «Rabelais’s Laurel for Glory: a Further Study of the “Pantagruelion”», Renaissance Quarterly, XLII, 189, p. 60-77, a souligné derrière la référence au chanvre la représentation symbolique du vert laurier telle qu’on la trouve chez Pétrarque et les grands rhétoriquers et émis l’hypothèse d’une parodie de la tradition emblématique néo-petrarquiste.

Il faut rappeler aussi l’importance de l’image du lis arborescent, arbre traditionnel de la royauté (voir A.-M. Lecoq, François Ier imaginaire, p. 196 et 406) et souligner au chapitre LII la confusion avec l’amiante, asbestos, incombustible, les alchimistes donnant ce nom à leur pierre «parce qu’elle résiste aux atteintes de feu le plus violent» (dom Pernety, Dictionnaire mytho-hermétrique, Paris, Bauche, 1758, p. 15 et 30). Voir n. 4, p. 509. pour la lecture alchimique de cet épisode.

Rabelais, François (ca. 1483–1553), Œuvres complètes. Mireille Huchon, editor. Paris: Gallimard, 1994. p. 500 n. 4.

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Posted 9 February 2013. Modified 4 January 2018.

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